Mon premier documentaire, ou comment filmer une histoire sans témoins
- Lauren Ransan

- il y a 18 heures
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Terre Marronne est mon premier vrai documentaire.
Chronologiquement, 1000 heures à Tromelin est sorti avant. Mais Terre Marronne, c’est le film sur lequel j’ai passé le plus de temps : cinq années. Cinq ans à chercher, à rencontrer, à attendre, à douter, à recommencer. C’est celui qui m’a le plus formée.
Le sujet était immense et fragile à la fois : le marronnage à La Réunion. Ces esclaves en fuite qui, du XVIIe au XIXe siècle, se réfugiaient dans les hauts les plus isolés de l’île pour vivre libres. Une société entière a existé là-haut, sans laisser de témoignage direct. Presque rien à l’écrit. Juste des traces, des toponymes, des récits fragmentaires et beaucoup de fantasmes.
Comment raconter une histoire quand il n’y a plus personne pour la dire ?
J’ai suivi des passionnés, des historiens, des anthropologues et surtout des archéologues. À l’époque, l’archéologie faisait encore ses premiers pas sur l’île. On prospectait dans la région du Volcan, dans la Vallée secrète. Le film est devenu le portrait d’une discipline naissante qui tente de combler un silence historique.
Ce long temps de maturation m’a appris quelque chose d’essentiel : un documentaire ne se termine pas le jour où on coupe le montage. Il continue de vivre. Terre Marronne a d’abord été diffusé sur France Télévisions en 2015. Puis, au fil des années, il a été inscrit au programme scolaire par l’Éducation nationale, intégré à la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et utilisé comme support pédagogique lors des Journées nationales de l’archéologie. Dix ans plus tard, il circule encore dans les lycées, y compris en métropole.
C’est étrange et beau de voir un film trouver son public longtemps après sa sortie.
Comme s’il avait attendu le bon moment.

Lauren Ransan
Réalisatrice réunionnaise


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